Rapport sur le Massacre de Pont-Sondé

1. Introduction

Massacre,  par sa définition, est un acte de violence de grande ampleur au cours duquel un grand nombre de personnes, souvent non armées ou sans défense, sont tuées brutalement, généralement en peu de temps et de manière indiscriminée. Ces événements peuvent être commis par des forces militaires, des groupes armés ou d’autres entités, et sont souvent associés à des conflits, des représailles ou des actes de répression. Ils sont considérés comme des violations graves des droits humains et peuvent, dans certains cas, constituer des crimes contre l’humanité ou des génocides. (Statut de Rome de la CPI, Article 6, 7)1. Ainsi en date du Jeudi 3 Octobre 2024 vers 3h du matin un carnage a été orchestré dans la localité de Pont Sondé, 5e section  communale de St Marc,  lequel massacre pour beaucoup  a fait plus d’une soixante victimes, dont des enfants, des femmes et des hommes, des véhicules calcinés et des maisons de commerce brûlées, plongeant la région dans un climat de terreur et de désolation. Une enquête de terrain menée par MODELA Droits humains nous permettra de recueillir des données relatives à ce massacre.

2. Contexte et Sociographie de la zone 

Localisation de Pont Sondé

Dans le département de l’Artibonite, comme dans d’autres régions du pays, plusieurs groupes armés contrôlent certaines zones rurales et urbaines. Ces gangs se livrent à des activités criminelles, notamment des enlèvements, des extorsions, des attaques armées et le contrôle des routes stratégiques pour piller les voyageurs et commerçants, en particulier dans la région du Bas Artibonite, s’est intensifiée au cours des derniers mois. Les gangs armés contrôlent une grande partie de cette région, avec des violences qui touchent les populations civiles, notamment dans des zones comme Saint-Marc, Petite-Rivière de l’Artibonite, et des communes environnantes. Ces groupes armés se livrent à des actes de kidnapping, de pillage, et de confrontations armées, ce qui crée un climat de terreur le Bas Artibonite, qui est une zone agricole clé du pays, a vu une déstabilisation majeure de ses activités économiques, notamment dans la production de riz, à cause de l’insécurité .2Les agriculteurs peinent à accéder à leurs terres, et les routes sont souvent bloquées ou contrôlées par des factions armées. Cette situation complique l’acheminement des biens et la circulation des personnes, aggravant ainsi la crise humanitaire.

1 Statut de Rome de la CPI, Article 6,7

2 Rapports de la BINUH (Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti) : sur la  sécurité et les droits humains en Haïti. 

 

Pont-Sondé est une localité située dans le département de l’Artibonite, qui a connu une recrudescence des activités des groupes armés. 

Le  Gran Grif, dirigé par le nommé  Luckson Elan, contrôle une partie de la zone et impose sa loi par la violence, souvent en compétition avec d’autres gangs pour le contrôle du territoire. La montée en puissance de ces groupes armés est facilitée par l’absence d’un véritable État de drpoit, ainsi que par l’effondrement des structures étatiques, laissant ainsi des populations entières à la merci de ces acteurs illégaux

 

3. Description du Gang Gran Grif et la localité de Savien  l’Artibonite. 

Le gang Gran Grif, se trouve dans la localité de Savien première section de la commune de Petite Rivière de l’Artibonite en Haïti, est l’un des groupes armés les plus redoutés de la région. Ce groupe criminel opère principalement dans la région de Savien et ses environs, et est impliqué dans diverses activités illicites, notamment le kidnapping, l’extorsion, les vols et les attaques contre les forces de l’ordre. Leur contrôle sur certains territoires leur permet d’imposer des taxes illégales aux résidents et de réguler les mouvements dans leur zone d’influence.

Le gang Gran Grif profite de la situation d’insécurité qui prévaut dans l’Artibonite pour renforcer son emprise sur la région. Comme de nombreux gangs en Haïti, il tire avantage du vide sécuritaire et des faiblesses institutionnelles, avec peu ou pas d’interventions de l’état ou policières dans cette zone.

4. Méthodologie 

Nous avons donc opté pour une méthodologie qui s’appuie sur la collecte de témoignages des victimes directes, des familles des victimes, ainsi des institutions étatiques : OPC, Protection civile et des organisations locales présentes dans la zone. Cela permet une approche de terrain qui donne une voix aux acteurs directement impactés par le massacre et permet d’obtenir des informations à la fois précises et humaines sur les événements. 

5. Déroulement du Massacre

Selon des témoignages locaux, le massacre a commencé vers 3h du matin où des hommes lourdement armés appartenant augang Gran Grif ont envahi la localité de Pont Sondé, tirant sur les civils en plein sommeil. Parmi les victimes, on compte des enfants, des femmes et des hommes. Des voitures ont été brûlées, de nombreuses maisons de commerce ont été incendiées, entraînant la destruction de moyens de subsistance et l’exode des survivants vers des zones montagneuses pour être plus sûres.

Les forces de sécurité locales ont été absentes durant l’attaque, ce qui a permis aux membres du gang de mener leur offensive sans rencontrer de résistance. Plusieurs heures se sont écoulées avant que des renforts ne soient envoyés sur place, mais le mal était déjà fait.

6. Bilan des Victimes et Dégâts

Selon les donnés recueillis, le bilan provisoire fait état de plus de 60 morts, dont des enfants et des femmes. Ce massacre a entraîné un déplacement massif de milliers de personnes, ces  déplacées se retrouvent dans quatre centres principaux :

 

1. White Rock de Grand Fond : 200 personnes déplacées internes

      –   80 Femmes

      –    55 garçons 

      –   75 enfants 

 

2. Centre Antoinette Dessalines : 621 personnes déplacées internes 

– 301 Femmes 

– 158 garçons 

– 159 enfants 

– 3 handicapés.

3. Centre de Venotte : 200 personnes déplacées internes

   –    66 Femmes

   –    51 Garçons 

   –   83 enfants 

4. Place Philippe Guerrier : 268 personnes déplacées internes 

        –   102 femmes, 

        –  120 garçons, 

       –  6 filles mineures, et 40 garçons mineurs.

Cela représente un total de  1289 personnes recensées dans les 4 centres constitués d’abris provisoire

– 363 mineurs recensés dans les 4 centres qui représente un taux de 28,16%

– 549 Femmes recensées dans les 4 centres qui représente un taux de 42.59%

– 384 garçons recensés dans les 4 centres qui représente un taux de 29.79%

– Environ 7000 personnes déplacées.

– 500 foyers recensés 

– Une dizaine de voitures ont incendiées, 

– Une trentaine maisons et commerces ont réduits en cendres

– L’économie locale est paralysée, les activités commerciales étant fortement perturbées.

Plusieurs citoyens de la zone sont portés disparus, beaucoup deblessées constatés et de nombreux survivants sont traumatisés par cette violence brutale. L’hôpital Saint Nicolas  de St Marc a été saturé tellement les blessés arrivent en grand nombre. Au-delà des pertes en vie humaines, les dégâts matériels sont considérables.

7. Causes et Responsabilités 

Le massacre de Pont-Sondé, survenu le 3 octobre 2024, a été revendiqué par le gang Gran Grif, dirigé par le nomméLuckson Élan. Ce gang, basé dans la région de Savien, dans le département de l’Artibonite, a attaqué la localité pour asseoir son contrôle sur un poste de péage à Kafou Pèy. L’attaque, motivée en partie par la tentative d’opposition de groupes d’autodéfense communément appelé Coalition Jean de Denis dirigé par le nommé Ti Mépris, cette intervention du Gang Gran Grif a fait plus de 70 morts et une cinquantaine de blessés. Des habitations et véhicules ont également été incendiés, forçant des milliers de personnes à fuir leurs maisons. 

8. Réactions et Actions

La communauté internationale et les organisations de défense des droits humains ont condamné ce massacre, exigeant une enquête approfondie et la mise en place de mesures pour protéger les civils des attaques futures. Plusieurs organisations locales, dont MODELA Droits humains, ont exprimé leur solidarité avec les familles des victimes et appellent à une action urgente des autorités haïtiennes et internationales pour rétablir la sécurité dans la région.

9. Besoin en Matière de Protection 

Les habitants de Pont Sondé ont des besoins urgents des personnes ayant perdu leur carte d’identité, ainsi que les besoins en matière de protection, de santé et de nourriture, en voici :

 

1. Besoin en matière de protection :

  – Accès aux documents d’identité : Créer un processus simplifié et rapide pour permettre aux personnes de remplacer leur carte d’identité. Cela pourrait inclure des cliniques mobiles d’enregistrement.

  – Soutien juridique : Mettre en place des services d’accompagnement juridique pour faciliter la récupération des documents administratifs perdus, ainsi que la protection contre toute exploitation liée à l’absence de papiers.

  – Protection des groupes vulnérables : Assurer la sécurité et la protection des personnes déplacées, notamment en fournissant des abris temporaires et une surveillance accrue dans les zones à haut risque.

2. Besoin urgent pour ceux qui ont perdu leur carte d’identité :

  – Enregistrement temporaire : Créer une carte d’identification temporaire pour permettre l’accès aux services essentiels tels que les soins de santé, les services sociaux et la distribution alimentaire.

  – Campagnes de sensibilisation : Informer la population sur les démarches à suivre en cas de perte de carte, ainsi que sur les lieux où ces services sont disponibles.

3. Besoin sanitaire :

  – Accès aux soins de santé : Assurer un accès facile aux soins primaires et urgents, en particulier pour les populations déplacées ou vulnérables. Renforcer les cliniques mobiles et les centres de santé communautaires.

  – Fournitures médicales : Distribuer des kits de soins de base (médicaments, produits d’hygiène, désinfectants) et assurer l’approvisionnement continu des hôpitaux et centres de santé.

  – Services de santé mentale : Offrir un soutien psychologique, particulièrement pour les victimes de violence ou de la traite, via des lignes d’assistance et des sessions de groupe.

4. Besoin en nourriture :

  – Distribution alimentaire : Mettre en place des points de distribution d’aliments de base dans les zones les plus affectées, en priorisant les familles les plus vulnérables.

  – Programme de coupons alimentaires : Créer des systèmes de bons d’alimentation pour permettre aux personnes de se procurer des denrées alimentaires dans des magasins partenaires.

  – Kits alimentaires d’urgence : Distribuer des rations d’urgence qui incluent des produits non périssables, tout en sensibilisant à la gestion des ressources alimentaires en temps de crise.

Il est crucial de coordonner ces efforts avec les autorités locales et les organisations humanitaires présentes sur le terrain pour garantir une réponse efficace et équitable.

 

Conclusion 

Le massacre de Pont-Sondé est un rappel brutal de la vulnérabilité des populations civiles face aux gangs armés en Haïti. Alors que les victimes continuent de pleurer leurs morts et de reconstruire leurs vies brisées, il est impératif que des actions concrètes soient entreprises pour garantir que de telles atrocités ne se reproduisent pas. L’éradication de la violence des gangs, la restauration de l’État de droit et la protection des droits humains doivent être des priorités absolues pour l’avenir du pays.

 

Recommandations de MODELA Droits Humains sur le Massacre de Pont-Sondé

MODELA Droits Humains propose les recommandations suivantes pour remédier à la situation sécuritaire et garantir la protection des droits fondamentaux des citoyens haïtiens.

      1. Renforcement de la sécurité locale 

  – Réhabilitation des forces de sécurité : Il est urgent de renforcer les capacités des forces de police de Pont Sondé, la présence policière doit être augmentée dans les zonesenvironnantes pour prévenir d’autres attaques de gangs armés.

 –  Création de brigades de sécurité communautaire : Encourager la mise en place de groupes de surveillance communautaire encadrés par les autorités légales afin de veiller à la sécurité des habitants et de signaler rapidement toute activité suspecte aux forces de l’ordre. 

      2. Renforcement du cadre judiciaire

  – Lutte contre l’impunité : Le gouvernement doit s’engager à mener des enquêtes approfondies et impartiales sur le massacre de Pont-Sondé et à poursuivre en justice les responsables, y compris Luckson Elan et les membres de son gang Gran Grif. Cela implique également des sanctions contre les acteurs complices, qu’ils soient directement ou indirectement impliqués.

    3. Soutien aux victimes et aux survivants 

Reloger et réparer les maisons des personnes touchées serait une mesure essentielle pour reconstruire la communauté et offrir un soutien concret aux survivants. Cela pourrait se faire par étapes :

– Évaluation des dégâts : Recenser les maisons endommagées et les besoins immédiats en logement, nourriture et soins médicaux des habitants.

– Assistance psychologique et médicale : Fournir des services de santé mentale et un soutien psychologique aux survivants du massacre et aux familles des victimes, afin de les aider à faire face au traumatisme. Un soutien médical doit également être apporté aux blessés.

– Aide humanitaire : Mobiliser l’aide humanitaire pour les familles déplacées et pour les personnes ayant perdu leurs biens et moyens de subsistance, en leur offrant des ressources pour leur réinstallation et leur reconstruction.

 

4- Réformes à long terme pour la sécurité nationale

  – Reformulation de la politique de sécurité publique : Mettre en place une stratégie nationale de sécurité visant à démanteler les groupes armés et à établir des programmes de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) pour les membres des gangs, surtout les mineurs de rue recrutés par les gangs afin de leur offrir d’autres alternatives viables à la violence.

  – Renforcement de la collaboration internationale : Demander l’aide technique et logistique des partenaires internationaux, tels que le Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), ambassade des États Unies, de la France et du Canada, afin de mettre en œuvre des réformes durables et d’assurer un suivi rigoureux de la situation sécuritaire.

 

Email : modelahaiti@gmail.com Tel : +509 44097116

Bureau : Ruelle Ovilma local  Collège Georges Anglade

Avenue des Dattes Gonaïves

 

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